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Du sang dans le miroir - Cosmos Eglo
mercredi 26 novembre 2014, par Jeannette14 Bienvenue dans Adobe GoLive 6


Du sang sur le miroir Cosmos Eglo

Situation de l’œuvre dans la vie de l’auteur : Du sang sur le miroir est le premier roman de Cosmos Eglo, journaliste de son état, né le 6 mars 1963 à Lomé.

Contexte historique et culturel : Cosmos Eglo fit publier cet ouvrage chez Édilivre en janvier 2009, puis chez l’Harmattan en septembre 2012, après qu’Édilivre, évoquant des menaces reçues, eut supprimé l’édition de l’ouvrage. Inspiré de l’histoire du Togo, du coup d’État militaire de janvier 1963 (comme l’indique l’incipit « Lomé, une nuit de janvier 1963 ») jusqu’à l’époque tourmentée des années 1990s, cet ouvrage est un regard rétrospectif, à l’heure du bilan (sous fiction romanesque ou non) sur le processus de démocratisation en Afrique.

Genre : roman

Thèmes : Coup d’État militaire, dictature, détournement de deniers publics, obsession de l’exercice du pouvoir politique, culte de la personnalité, mainmise des anciennes métropoles sur les anciennes colonies...

Découpage de l’œuvre : ici, la progression de l’action suit un schéma quinaire.

Après des années d’exil volontaire en France, Kodjo Médiros (le héros) revient à Lomé. Il fonde un parti politique, se porte candidat aux élections présidentielles et, déjà, se voit dans la peau de président de la République…

Kodjo perd les élections. Qui plus est, un coup de force de l’armée togolaise interrompt le processus électoral.

Sous les auspices de l’Élysée, Kodjo mène mille intrigues pour s’emparer de la magistrature suprême, en passant par les fonctions de Premier ministre. Devenu chef du gouvernement, il a recours à l’assassinat politique pour éliminer ses concurrents. Puis il fait volte face et tente de conquérir définitivement le pouvoir en se mettant dans les bonnes grâces de la Maison-Blanche.

Kodjo se retrouve dans un engrenage. Tous ses manèges vont à la vau-l’eau. Il n’a d’autres alternatives que le chantage.

Kodjo est assassiné sur ordre de l’Élysée.

Personnages principaux et leurs relations :

Tino, opposant politique, candidat présidentiel.

Dopé, opposante politique, candidate présidentielle.

Kodjo (le héros), opposant politique, candidat présidentiel, acolyte, puis antagoniste et obstacle à Tino et Dopé.

General Télou, chef de l’État, antagoniste et obstacle à Kodjo, Tino et Dopé.

Jacques Rocard, ambassadeur de France au Togo, mentor, puis antagoniste et obstacle à Kodjo.

Bill Gordon, représentant de la Maison-Blanche, mentor à Kodjo

Analyse des personnages

Bill Gordon : Autoritaire, plein de morgue, richissime, corrupteur et manipulateur. Il incarne la puissance des États-Unis d’Amérique, exerçant une grande influence sur Kodjo dont la plupart des actions sont dictées par lui.

Jacques Rocard : fourbe, filou, « une tête de renard, de petits yeux sournois éclairant une mine lutine », manipulateur, hypocrite, instigateur de crimes, tire les ficelles dans l’ombre et fait agir Kodjo.

Dopé : Corpulence de titan, l’air hargneux, toujours nerveuse, voix tonitruante, l’allure martiale. Elle est rude, « elle ne crache que des crudités », et ne plaisante jamais. Personnage émotif, incontrôlé et sensible, son caractère détermine ses loisirs (les arts martiaux) et ses options politiques : changement radical, lutte armée.

Tino : Des yeux rieurs, toujours souriant, agréable à vivre, douceur d’enfant, parle d’une voix posée, sans contractions du visage ni gestes superflus. Il est circonspect, « mesure et pèse chacun de ses mots ». Logique, calme, serein, maître de lui-même en toutes circonstances, il est pacifique à l’ extrême, éprouvant une terrible répugnance pour la moindre brutalité, et de là ses loisirs (tennis et l’orgue), aussi bien que ses options politiques : non-violence, sens du compromis.

Général Télou : Personnage aux allures bestiales. « Des dents carnassières », « des nerfs taillés au burin ». Il est rude, brute et inculte : « Le président de la République s’habillait de travers, se mouchait du revers de sa veste, crachait sur la moquette, urinait du haut de son balcon, ostensiblement tripotait les seins de ses invitées. Un jour, dans un noble souci de galanterie, le président de la République exhiba crûment les garnitures de ses entrecuisses, frappant ainsi les yeux d’une éminente personnalité. Enchantée, la dame s’évanouit sur le coup ! » C’est un tueur psychopathe dont le nom est passé sous silence (le sergent X) dans le prologue, mais que le lecteur retrouve et identifie facilement tout au long du récit.

Kodjo Médiros : Héros du récit, connaît une enfance difficile. Orphelin de mère dès le berceau, il n’hérite de son père (concierge à la SGGG) que misère. Cette enfance pénible le motivera à trimer dur pour gagner sa vie. Il se sent « prédestiné à combattre pour vivre ». Aussi ne se tolère t-il pas la moindre défaillance dans ses visées : « Aux ânes bien nés, le malheur n’attend pas le nombre des ratés ». Telle est sa philosophie. Cette quête pour une vie meilleure évolue rapidement, devient la soif d’une vie de débauche et, plus tard, un appétit morbide pour l’exercice du pouvoir politique. « Sur les bancs de l’école, se confiant à son instituteur, il dit qu’il rêvait d’exercer le métier de chef d’État ».

Son physique, d’ailleurs, reflète à merveille son état d’âme. Haut sur pieds, mise cossue, mine fière, yeux pétillant d’ardeur, front fuyant et plein d’intelligence. Il en sort malin, ingénieux et opportuniste, se prêtant à tous les coups bas, dans sa quête effrénée du pouvoir. Devenu Premier ministre, « il retrouve sa vie », se montre friand des délices gustatifs et des plaisirs charnels. Ainsi, amoureux de sa langue, passionné de la table, il engouffre lapins, moutons et vaches au cours de déjeuners monstres. Tout au long du jour, il se perd en bombances et, au bureau, accueille ses maîtresses deux à deux jusqu’à midi. Son ambition devient folie des grandeurs. « Il préférait commander », « il rêvait de briller du haut de son empire ».

Personnage dynamique, Kodjo, obsédé par la prise du pouvoir, subit un changement dramatique. Du filou qui se contente de recourir aux coups bas pour éliminer ses adversaires politiques, il devient un tueur. Bien sûr, cette métamorphose naît d’un drame intérieur que le narrateur a si bien dévoilé. « …aussitôt le refroidit un frisson de gêne, et quel silence alourdit son âme. Il n’avait jamais attenté d’une façon quelconque à la vie d’autrui, et il n’avait jamais pensé qu’un jour il en arriverait là. Encore silence. Long silence. Et sursaut : il n’allait tout de même pas s’embarrasser de scrupules ! (…) Écraser ! Tel est le secret pour sortir victorieux de cette mêlée dans laquelle il s’est engagé, mieux, tel est le secret pour en sortir vivant. Dévorer pour ne pas se faire dévorer, écraser pour ne pas se faire écraser. Désormais il s’intégrait, désormais il adhérait pleinement à l’esprit de cette lutte où coup bas, violence et crime sont autant de recettes inaccessibles au néophyte qu’il était jusqu’alors. Caprices, les murmures de son cœur ; caprices, les tremblements de sa conscience. Maintenant il va se boucher les narines pour extraire l’or des fèces, maintenant il va fermer les yeux pour extraire l’or du sang. » Face au péril, Kodjo, aveuglé, engourdi par son appétit du pouvoir, choisit la fuite en avant, et s’ébranle vers la menace, ce qui le perdra.

Personnage invisible et anonyme : le chef d’État français, fourbe, cynique, incarnation de la duplicité. Quand le général Télou se plaint de ce que Kodjo soit encore en vie, le chef d’État français lui répond : « petit Kodjo deviendra grand, pourvu que la France lui prêtre vie ». Et devant l’impatience de Kodjo de voir la France assassiner le général Télou, le chef de l’État français lui répond : « Tout meurt à point à qui sait attendre ». En outre, le chef d’État français est manipulateur, instigateur de crimes dans l’ombre : « Cette nuit-même, il nous faut pleurer Kodjo Médiros ».

Cet état d’âme est caractéristique de la politique étrangère de la France : « Certes, écœurés de voir du sang sur les mains de l’Élysée, des centaines de Français avaient descendu dans les rues en grognant. Mais aussitôt l’Élysée les avait endormis, en leur jetant aux yeux la poudre fulminante de la raison d’État. Le chef d’État français, alors définissant la politique étrangère de la France, en substance avait déclaré qu’ « à la façon d’un obus qui jaillit en balayant tout sur son passage, la France, par bataillons, par régiments, n’hésitera jamais à surgir n’importe où l’appelle son destin, quitte à labourer tout devant elle, à grands sillons que seul abreuvera l’impur sang des importuns ».

Le style de l’auteur

Style vif, désinvolte, parfois délibérément amphigourique, pour illustrer le creux, le vide et l’absurde qui caractérisent le langage politique. La clarté, la précision et la force de la narration font que le lecteur croit voir la vie réelle s’animer sur les pages. Le récit, de la première page à la dernière, est plein de suspense et de rebondissements qui tiennent le lecteur en haleine. Qui plus est, le langage et les traits physiques des personnages sont parfaitement représentatifs de leurs caractères, et leurs caractères déterminent leurs destins.

Portée philosophique et morale de l’ouvrage

« Un roman sur la dictature togolaise…coup d’État, violence, corruption, népotisme, répression militaire y sont abordés. C’est en fait une caricature presque parfaite du Togo hier comme aujourd’hui. »
  Journal L’Alternative, No. 89 du 26 juillet 2011.

Fiche de lecture conçue et présentée par :

Assiba K. Jeannette Journaliste Nantes jeannetteassiba@gmail.com

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