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Le Projet -Chichom Méfire
samedi 14 janvier 2012, par Louis Bienvenue dans Adobe GoLive 6


Le roi est tout nu, ou quand un écrivain africain se mêle de dire la vérité sur l’ère postcoloniale à la fois à l’adresse des ex-colons et à celle des anciens colonisés.

Il ne s’agit pas ici d’accuser, mais tout au contraire de mettre l’Afrique en face de ses responsabilités, de la faire devenir adulte. Le héros rappelle que le général de Gaulle lui-même disait : il n’y a pas d’amitié entre les peuples ; il n’y a que des intérêts. L’Europe agit certes par intérêt mais il appartient à l’Afrique de défendre ses droits les plus élémentaires et tout d’abord celui de se faire respecter. j’ai, en fait, été choqué par l’attitude de l’ambassadeur de France qui s’est comporté comme s’il était le maître des lieux ;[…] le pire est que le ministre qui représentait le gouvernement de la république [du Cameroun] n’a pas jugé nécessaire d’y répondre

Ce n’est pas le lieu ici de raconter l’histoire, une histoire simple, bien menée et qui conduira à une conclusion un peu inattendue. La solution ne peut venir du combat d’un seul homme, qu’il soit Thomas Sankara ou même Sekou Touré, comme il est dit : Une deuxième lutte de décolonisation s’impose, mais elle commence par un débat d’idées, par la prise de conscience par le maximum de personnes de ce qui se passe. Chichom Méfire donne ici la clef de ce roman militant : Le rôle de l’intellectuel est d’éduquer la société tient-il même à préciser. On pourrait y voir une affirmation un peu simpliste si l’état dans lequel se trouve l’Afrique n’imposait pas de dire ces vérités premières et l’on voit bien à la lumière de ce qui s’est passé au Maghreb que la solution ne peut venir que d’une prise de conscience collective.

Arthur, le héros du Projet est un pur et sa révolte est totalement utopique, naïveté qui n’est pas celle de l’écrivain qui nous mène par le bout du nez là où il a envie de nous mener nous les lecteurs occidentaux, et peut-être plus encore les lecteurs africains auxquels il précise : ce qui nous oppose à ces gens c’est leur ardeur au travail et leur sens de l’intérêt commun que nous gagnerions [d’ailleurs] à prendre en exemple.

Écrit avant que la Côte d’Ivoire et le Maghreb ne se réveillent, Le Projet nous parle d’un Cameroun anesthésié par la corruption et la soumission béate à l’ancien colonisateur. Le système fonctionne parfaitement qui permet à l’Occident de faire payer à l’Afrique son propre développement tant et si bien qu’Arthur dit des Occidentaux : à la minute même où ils quittent une seule de leurs anciennes colonies en Afrique, ils perdent une fraction importante de leur source de développement et de prospérité. Chacun est pris au piège de ses intérêts et ce n’est évidemment que dans ce cadre que l’émancipation des peuples peut se faire. Le mérite de ce roman est de décrire dans un langage simple la situation telle qu’elle est, première étape vers une prise de conscience indispensable pour que l’Afrique sorte de cette situation tragique qui conduit au désespoir et à une débauche suicidaire.

L’obscénité et la débauche non seulement faisaient recette mais étaient même devenues le fond de commerce de certains ; […]

- Pourtant, je vois mille raison d’être inquiets ; le degré de misère que j’ai eu le temps d’observer ne donne à mon avis aucune raison de faire la fête.

- Tu ne comprends donc pas que c’est le désespoir ? Tu ferais quoi à leur place ?

Chichom Méfire lui a écrit. Il a écrit un petit roman qui permet de se poser les bonnes questions et peut-être de cesser de tourner en rond dans cette relation maître/esclave qui n’en finit plus de survivre à la colonisation. Puisse-t-il être lu par de nombreux lecteurs, occidentaux et africains.

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