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Tu t’appelleras Souris
Editions La Fontaine de Siloé
mercredi 18 mars 2009, par Louis Bienvenue dans Adobe GoLive 6

Présentation du livre


On peut lire ce livre pour différentes raisons : parce que l’on s’intéresse à la Grande-Guerre, parce que l’on s’intéresse à la Savoie ou aux ramoneurs ou parce que l’on s’intéresse aux récits autobiographiques.

Au-delà du mythe du petit ramoneur – mythe sur lequel joue l’éditeur actuel en ne parlant pas de la postface de la première édition et en privilégiant le titre « carnet d’un petit ramoneur savoyard », on lira une histoire enjouée, un paradis d’enfance interrompu par la Grande Guerre. Mais c’est beaucoup plus que cela.

Bien sûr le texte parle de lui-même, on y lit la prise de conscience de l’oppression exercée par la classe dominante. Laurent Fenix ne se plaint pas de sa condition sociale - berger à 10 ans, ramoneur à 12 - il s’en arrange, né dans une famille nombreuse, pauvre, il a appris à se débrouiller et bien sûr – sans doute plus débrouillard que les autres comme il se décrit lui-même – il apporte sa contribution financière à ses parents. Mais ce qu’il ne supportera pas, c’est le manque total de reconnaissance de la part de ceux qui ont voulu la guerre ou se sont arrangés pour y échapper.

Il faut dire comment ce texte a été écrit, ce qui a motivé sa rédaction, et le dépôt auprès d’un éditeur : ce que dit la postface absente. On peut alors lire ce texte joyeux pour ce qu’il est : un acte de désespoir, une façon de dire que la vie aurait pu être heureuse sans les profiteurs de guerre, que malgré la misère et la pauvreté la vie valait le coup et que si tout cela a mal tourné c’est à cause de la course au profit.

La vérité sort parfois de la bouche des petits ramoneurs.

Le titre qui figurait sur la première édition et qui semble être un choix de l’éditeur « tu t’appelleras Souris » dit bien le déni d’identité, le refus de prendre en compte la personne autrement que par sa fonction économique - Laurent Fenix remplace un ramoneur parti chez un patron qui s’appelle Souris - ... Et en même temps il résonne à la fois comme un appel au sourire et à la vie et comme un rappel de l’étrange visage de cette "gueule cassée" au sourire contraint. Un pseudonyme tout à fait symbolique de cette histoire et que Marcel Peyrenet avait avec raison mis en avant.

La vérité de ce texte est à ce prix, même si une lecture attentive permet d’en deviner les motivations, Laurent Fenix ne cache rien au contraire de sa rancœur contre les profiteurs de guerre, ce texte n’apparaît comme un testament que si l’on évoque les conditions dans lesquelles il a été transmis à son premier éditeur dans une enveloppe contenant également une lettre au procureur et surtout une décision du centre de réforme proposant une pension d’invalidité de guerre ridicule.

Dès lors il ne s’agit plus seulement d’une biographie mais bien d’un texte de témoignage et la dernière phrase qui se termine par : je m’arrête car ça devient trop triste... Indique tout à la fois le projet de Laurent Fenix - son tout prochain suicide -et sa volonté de ne garder de la vie que le meilleur, cette part d’enfance arrachée aux barbares [1]elle marque une frontière, une ligne à ne pas franchir, un refus d’entrer dans ce monde des profiteurs qui dit bien quand et comment nous sommes passés d’une civilisation rurale à une civilisation monstrueuse.

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Notes

[1] « dans un pays du Dauphiné où les gens n’étaient que barbares, à l’influence de certains profiteurs de guerre »

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